Piliers
Entretien de parcours professionnel (EPP) : le guide complet 2026
Mis à jour le 2026-09-23
Depuis le 26 octobre 2025, l'entretien professionnel a changé de nom et de contenu : c'est désormais l'entretien de parcours professionnel (EPP). Issu de la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, ce rendez-vous obligatoire concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.
L'EPP est un échange consacré aux perspectives d'évolution du salarié, à ses compétences, ses besoins de formation et ses souhaits de mobilité ou de reconversion. Sa périodicité suit désormais un cycle 1-4-8, et des entretiens renforcés sont prévus autour de 45 ans (mi-carrière) et 60 ans (fin de carrière).
Le non-respect de l'obligation expose l'employeur, dans les entreprises d'au moins 50 salariés, à un abondement correctif pouvant atteindre 3 000 € par salarié concerné sur son compte personnel de formation (CPF), sous réserve du respect des conditions légales.
Les points clés
- Référence légale
- Article L. 6315-1 du Code du travail
- Loi fondatrice
- Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025
- Entrée en vigueur
- 26 octobre 2025 (contenu)
- Échéance accords
- 1er octobre 2026
- Périodicité
- Cycle 1-4-8
- Sanction (≥ 50 salariés)
- Abondement CPF de 3 000 € / salarié
Qu'est-ce que l'entretien de parcours professionnel ?
L'entretien de parcours professionnel est un rendez-vous obligatoire entre le salarié et son employeur. Il remplace l'entretien professionnel créé en 2014 par la loi sur la formation professionnelle.
L'objectif est le même : permettre au salarié d'être acteur de son évolution professionnelle. Mais la réforme de 2025 renforce le dispositif : le contenu est enrichi, la périodicité est réorganisée et de nouveaux entretiens ciblés sont introduits pour les salariés expérimentés.
- Un échange sur les compétences et les qualifications du salarié
- Un point sur ses perspectives d'emploi dans l'entreprise
- L'identification de ses besoins de formation
- L'examen de ses souhaits d'évolution ou de reconversion
- L'information sur les dispositifs mobilisables, dont le CPF
Le cycle 1-4-8 : la nouvelle périodicité
La réforme de 2025 réorganise la périodicité de l'entretien autour du cycle de référence 1-4-8 : un premier entretien dans l'année suivant l'embauche, un renouvellement tous les 4 ans et un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans. Ce cycle doit être complété par les entretiens spécifiques prévus par la loi, notamment l'entretien de mi-carrière et l'entretien intervenant dans les deux années précédant le 60e anniversaire.
| Échéance | Délai | Objet |
|---|---|---|
| 1er entretien | Dans les 12 mois suivant l'embauche | Faire le point sur le parcours du nouveau salarié |
| Renouvellement | Tous les 4 ans | Suivi régulier du parcours professionnel |
| État des lieux récapitulatif | Tous les 8 ans | Bilan du parcours sur la période et vérification de la formation |
Les entretiens renforcés pour les salariés expérimentés
La loi du 24 octobre 2025 ajoute deux entretiens spécifiques qui se cumulent avec le cycle 1-4-8 :
- L'entretien de mi-carrière, dans un délai de 2 mois à compter de la visite médicale de mi-carrière (autour de 45 ans), enrichi des sujets d'adaptation au poste, de prévention de l'usure professionnelle et de reconversion.
- L'entretien de fin de carrière, dans un délai de 2 ans précédant le 60e anniversaire du salarié, consacré au maintien dans l'emploi et aux aménagements de fin de carrière (temps partiel, retraite progressive).
Qui est concerné par l'obligation d'EPP ?
L'obligation d'organiser l'entretien de parcours professionnel pèse sur l'employeur, quel que soit le régime, la taille ou le secteur d'activité de l'entreprise. Tout salarié sous contrat de travail en bénéficie, y compris en CDD, en temps partiel, en apprentissage ou en période d'essai accomplie.
Les seules exceptions concernent les salariés relevant du statut de la fonction publique, pour lesquels d'autres dispositifs de dialogue professionnel s'appliquent. Les dirigeants non salariés (gérants majoritaires, travailleurs indépendants) ne sont pas concernés par l'obligation d'EPP.
- Entreprises du privé : toutes sont concernées, de la TPE au grand groupe.
- Salariés en CDD : l'EPP est organisé si le contrat atteint la durée minimale prévue par la loi ou un accord collectif.
- Salariés en temps partiel : l'entretien se déroule pendant le temps de travail, sans discrimination liée au quotité.
- Apprentis et alternants : ils bénéficient également de l'EPP, en complément du suivi pédagogique.
Comment se prépare et se déroule un EPP ?
Un EPP réussi repose sur une préparation des deux parties. Le salarié peut anticiper en réfléchissant à son parcours, ses compétences et ses projets. L'employeur doit programmer l'entretien à l'avance, préparer un compte-rendu type et s'assurer que le manager ou le référent RH maîtrise les 5 thèmes obligatoires.
L'échange dure généralement 45 minutes à 1 heure. Il doit être individualisé : même si un entretien collectif d'information est possible, le dialogue sur le parcours professionnel doit se faire en tête-à-tête.
- Fixer la date de l'entretien et informer le salarié par écrit.
- Préparer un support de compte-rendu conforme aux 5 thèmes obligatoires.
- Laisser la parole au salarié sur son parcours, ses souhaits et ses besoins.
- Rédiger le compte-rendu et le remettre au salarié dans les meilleurs délais.
- Archiver le document et programmer le prochain entretien dans le cycle 1-4-8.
EPP et entretien annuel d'évaluation : ne pas les confondre
L'entretien de parcours professionnel est souvent confondu avec l'entretien annuel d'évaluation. Pourtant, ils n'ont pas le même objet ni le même régime juridique. L'EPP est centré sur l'avenir professionnel du salarié et ses perspectives d'évolution, tandis que l'entretien annuel porte davantage sur la performance passée et les objectifs de l'année à venir.
Ces deux entretiens peuvent être réalisés lors d'un même rendez-vous, à condition que les deux objets soient clairement distingués et que le salarié puisse identifier la partie consacrée à l'EPP. Le compte-rendu doit alors refléter cette distinction.
- EPP : obligatoire par la loi, cycle 1-4-8, 5 thèmes définis par le Code du travail.
- Entretien annuel : pratique de gestion, fréquence fixée par l'entreprise, objet la performance.
- Possibilité de fusionner les deux entretiens, mais avec des supports distincts ou des sections clairement identifiées.
La sanction : l'abondement CPF de 3 000 €
Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, si un salarié n'a pas bénéficié des entretiens prévus ET d'au moins une action de formation non obligatoire au cours des 8 dernières années, l'employeur doit verser un abondement de 3 000 € sur son CPF.
Les deux conditions sont cumulatives : c'est ce qu'a confirmé la Cour de cassation dans un arrêt du 21 janvier 2026. L'absence d'entretiens ne suffit pas à elle seule pour ouvrir droit à l'abondement.
Le versement doit être spontané : l'employeur n'attend pas un contrôle de la DREETS pour régulariser. En cas de défaut, il peut être mis en demeure et redevable du double de la somme au profit du Trésor public.
Exemple concret : calcul du risque d'abondement
Prenons l'exemple d'une entreprise de 120 salariés. Lors de l'état des lieux récapitulatif de 2026, le service RH constate que 15 salariés n'ont eu ni entretiens de parcours professionnel ni formation non obligatoire sur les 8 dernières années. Le risque théorique s'élève à 15 × 3 000 € = 45 000 €.
Si l'employeur ne verse pas spontanément ces abondements et qu'il est mis en demeure, le montant peut passer au double au profit du Trésor public, soit 90 000 €. Ce calcul ne prend pas en compte les éventuels dommages et intérêts accordés par les prud'hommes au titre de la perte de chance d'évolution professionnelle.
Ce risque peut être réduit à zéro en organisant les entretiens manquants et en proposant aux salariés concernés une action de formation non obligatoire, dès que possible et avant l'état des lieux récapitulatif.
Les entreprises de moins de 50 salariés
L'obligation d'organiser l'entretien de parcours professionnel s'applique à toutes les entreprises, sans condition d'effectif. En revanche, l'abondement correctif de 3 000 € ne concerne que les entreprises d'au moins 50 salariés.
Pour les structures de moins de 50 salariés, le risque est différent : un salarié peut saisir le conseil de prud'hommes et obtenir des dommages et intérêts s'il justifie d'un préjudice (perte de chance d'évolution professionnelle).
Ressources officielles pour préparer l'EPP
Des accompagnements gratuits existent pour les salariés et les employeurs :
Salariés : le conseil en évolution professionnelle (CEP) est gratuit dans les entreprises de moins de 300 salariés. Il aide à préparer l'EPP et à définir un projet d'évolution.
Employeurs : l'opérateur de compétences (OPCO) dont relève l'entreprise peut fournir un conseil de proximité pour préparer les entretiens.
Pour en savoir plus : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32457 (CEP) et https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/R63043 (OPCO).
Questions fréquentes
L'EPP est-il obligatoire dans les petites entreprises ?
Oui. L'obligation d'organiser l'entretien de parcours professionnel s'applique à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Seule la sanction automatique (abondement CPF de 3 000 €) est réservée aux entreprises d'au moins 50 salariés.
Quelle est la différence entre l'entretien professionnel et l'EPP ?
L'EPP est le nouveau nom de l'entretien professionnel, en vigueur depuis le 26 octobre 2025. Il conserve les thèmes de l'ancien dispositif mais ajoute une périodicité en cycle 1-4-8, deux entretiens renforcés (mi-carrière et fin de carrière) et un contenu enrichi.
Depuis quand l'EPP est-il obligatoire ?
Le nouveau contenu de l'entretien est applicable depuis le 26 octobre 2025 (lendemain de la publication de la loi). Pour les entreprises couvertes par un accord collectif sur la périodicité, la mise en conformité est exigée au plus tard le 1er octobre 2026.
Quels sont les 5 thèmes obligatoires de l'EPP ?
L'EPP doit obligatoirement aborder : les compétences et qualifications du salarié, ses perspectives d'emploi dans l'entreprise, ses besoins de formation, ses souhaits d'évolution ou de reconversion, et les dispositifs mobilisables dont le CPF. Le compte-rendu doit refléter l'abord de chacun de ces thèmes.
L'EPP peut-il être réalisé à distance ou par visioconférence ?
La loi ne fixe pas de modalité particulière. L'entretien peut donc se tenir en présentiel ou à distance, à condition qu'il soit individualisé et que le salarié puisse s'exprimer librement. L'important est de conserver une trace écrite de l'échange et du compte-rendu.
Que faire si un salarié refuse de participer à son EPP ?
L'employeur doit d'abord informer le salarié de son obligation et des modalités de l'entretien. En cas de refus, il convient de garder une trace des convocations et des relances. Le refus du salarié peut être opposé à l'employeur, mais seule la jurisprudence et les circonstances du dossier permettront de trancher. La traçabilité reste essentielle.
Comment éviter l'abondement CPF de 3 000 € ?
Pour éviter l'abondement, l'employeur doit s'assurer que chaque salarié a bénéficié de ses entretiens de parcours professionnel ET d'au moins une action de formation non obligatoire sur les 8 dernières années. Une bonne traçabilité (convocations, comptes-rendus, attestations de formation) est le meilleur moyen de prouver le respect des obligations.
Les sources de cet article
- Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 (JORF)— Transposition des ANI en faveur de l'emploi des salariés expérimentés
- Code du travail — article L. 6315-1— Base de l'entretien de parcours professionnel
- Questions-Réponses du ministère du Travail (PDF)— Mis à jour le 12 février 2026
- Ministère du Travail — l'entretien de parcours professionnel
- Cour de cassation — arrêt du 21 janvier 2026 (n° 24-12.972)— Conditions cumulatives de l'abondement CPF
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